Entraunes

L'origine de la chapelle de la Sainte-Trinité à Estenc – 1555 . ## travail en cours

Photographie de Victor de Cessole. Plaque de verre n° 5398. Bibliothèque de Cessole. Nice

Il est toujours émouvant de retrouver un vieux document qui semble être l'acte fondateur d'une chapelle aujourd'hui disparue. La Chapelle de la très Sainte Trinité , ici dénommée curieusement Notre Dame des Suffrages (0) a été fondée et dotée par Messire Aillaud en 1555. Ce dernier a fondé un mont de piété pour fournir du blé à tous ceux qui en manqueront et léguer à la communauté 15 écus pour acheter du blé tous les ans pour les pauvres. Messire Aillaud a donné son nom au quartier éponyme d'Estenc: le quartier des Aillauds Archives diocésaines - Nice

Pour l’évêché de Glandèves, la Chapelle de la Très Sainte Trinité est d'abord l’édifice le plus élevé du Val d'Entraunes (1750 m d’altitude). Elle semble avoir toujours été en mauvais état à en croire les visites pastorales anciennes. Dans le procès verbal de visite de la succursale d’Estenc de la paroisse d‘Entraunes en date du 1er septembre 1786 (1) , il est mentionné qu’aucune visite ni ordonnance n’avait été faite auparavant et classe la chapelle de la Ste Trinité comme chapelle rurale au même titre que les chapelles Notre dame des Grâces et St Sauveur...

« La succursale d’Estenc est composée de 21 habitants pesant environ cent âmes de communion. Les gros décimateurs sont Mgr l’évêque de Glandeve et Mr l’Archidiacre. Mgr l’Evêque a les 2/3 de tous les grains et l’archidiacre l’autre. La dîme des légumes appartient au curé d’Entraunes quant aux agneaux Mgr l’Evêque en prélève un sur douze. Il partage les autres avec Mr l’Archidiacre. La dîme se paye au 22ème tant en grains que légumes, agneaux. Il y a deux chapelles rurales à savoir La Trinité et St Sauveur. Celle de la Trinité est sans ornements et en mauvais état. Celle de St Sauveur est encore en plus mauvais état puisqu’elle tombe en ruines de toutes parts ;(...) La chapelle de la Trinité est dit-on à la charge des Aillauds."

La visite pastorale du 3 mai 1838 (2) de l'évêque de Nice Domenico Galvano (Conto di Drappo) évoque la fondation d'un écu laissée par Messire Jean Aillaud le 21/01/1710 et puis approuvée par votre Grandeur le 5 mai 1834 (...) on y lit que la chapelle est privée et que Victor Gilloux qui en la charge l'entretient mal

elle a un bénéfice de 15 ou 18 FF environ porté par acte du 24 août 1505 (?) (ou 1605 ce qui serait plus plausible) avec obligation de maintenir et entretenir la chapelle avec décoration et de faire célébrer la messe au jour de la Sainte-Trinité à la chapelle et de faire faire un Chantal et de donner un gros à chaque prêtre assistant et cela est à la charge de Victor Gilloux ou les héritiers parce qu'il est juspatron et d'après l'acte est à la charge du curé d'Entraunes de faire exécuter ces obligations"

Il est clair que les obligations définies dans les différents actes depuis la fondation de la chapelle ont toujours eu du mal à être respectées par les différents héritiers de la charge. Preuve en est cet acte de 1846 où Augustin Louiq, trésorier de la marguillerie de la paroisse d'Estenc se voit opposé à Thérèse Aillaud et son fils Victor Gilloux . Devant le tribunal, Louiq expose que Thérèse Aillaud , dernière héritière deu fondateur de la chapelle, ne respecte en rien les obligations de cette pieuse fondation et que pendant 25 années consécutives elle a négligé d'entretenir le lieu tant et si bien que le toit menace ruine

Les rapports plus récents comme celui de Mossa en 1921 viennent confirmer le triste sort des chapelles rurales dans le haut pays : « À Estenc – La Trinité, petite chapelle abandonnée servant d’entrepôt à un entrepreneur de travaux publics. C‘est décidemment une coutume de la contrée, on remarque aux deux angles des inscriptions qui paraissent illisibles mais qui sont simplement inversées (3) Cette chapelle était à l’origine à l’emplacement même de l’hôtel « le Relais de la Cayolle ».Lors de la construction de ce dernier, en 1947, Hector Antoniazzi a détruit la chapelle originelle et la reconstruite dans des proportions moindres à l’emplacement actuel c'est à dire à une centaine de mètres en aval légèrement eu surplomb de la route nationale.

Cette chapelle fondée à l’époque moderne semble devoir être considérée à part parmi les lieux de cultes. Ni chapelle de Pénitents, ni chapelles de protection, ni chapelles votives ni chapelles privées, ce minuscule édifice dressé sur une butte en retrait de quelques dizaines de mètres du ravin où coule le Var, sur un rocher dominant le point précis où celui-ci s’élance dans une gorge profonde. Les Anciens, les Barbares ou Grecs, avaient autant que nous la curiosité de rechercher les sources des fleuves ; curiosité de géographe, et aussi de mythographe, car les fleuves étaient des êtres sacrés, et il était bon de les adorer à leur source. Encore fallait-il pouvoir atteindre cette source, et qu’elle fût à proximité de sentiers praticables. Déjà les Anciens, de Strabon à Pline considéraient le Var, le Ουαρος, Varus flumen, comme un fleuve frontière (4). Certains chercheurs (5) ont supposé même qu’un chemin a jadis remonté le Var jusqu’à sa source, chemin suivi par les Grecs d’Antibes et de Nice. Cette hypothèse est reprise par Thévenon et Poteur qui au delà de l'aspect purement géographique et politique voient dans ce lieu la trace de dévotions très anciennes. > Ce lieu fortement symbolique (6) marque également la frontière entre les dernières terres habitables et cultivables et les alpages de haute montagne (...) Il est possible aussi que ce lieu de culte, dont la connotation païenne est forte, soit plus ancien et constitue la christianisation d’un culte de source comme la chapelle St Jacques, située à Guillaumes au quartier de Villeplane et qui concentrait des pèlerinages concernant toutes les paroisses limitrophes, soit également un lieu très symbolique de dévotion liée à l’eau.