Contes et légendes du Val d'Entraunes


© Jean toche

Dessin de Jean Toche

Textes rassemblés par Serge Goracci

Les contes et légendes alimentaient les longues soirées d’hiver du Val d’Entraunes où les veillées dans les étables - le salon d'hiver selon la jolie formule de Canestrier - regroupaient famille et amis autour des anciens qui perpétuaient la tradition orale. Un grand nombre de ces contes ont été repris et édités par Edouard Chanal en 1895 dans un ouvrage intitulé Les contes et légendes du pays niçois (réédité depuis chez Serre Editeur) dont la deuxième section consacrée à la montagne niçoise développe toute une partie sur les légendes d’Entraunes. Canestrier (1) avait peu de considération pour l’auteur auquel il reprochait d’avoir mis au compte du haut-Var des légendes fantaisistes importées d’autres régions. Le personnage mérite tout de même que l’on s’y arrête. Sorte de Janus littéraire, Edouard Chanal semble avoir eu deux vies: l’une publique et normative d’un honorable inspecteur d’académie, chevalier de la Légion d'Honneur, auteur de monographies sur la Corse, de divers ouvrages scolaires fort savants et ... ennuyeux sur La composition française enseignée par l’exemple et l’autre beaucoup plus fantaisiste et foutraque avec des ouvrages tels que "Les Pensums du Père Bombyx" (1898) où l’on trouve quelques renseignements sur la langue des otaries, uniquement composée de voyelles et Prisonnier dans un Dolmen ou la Journée d'un Métromane, folie littéraire où le personnage principal Ambroise Mignon se livre à des exercices de styles qui firent les délices de Raymond Queneau (2) voyant là déjà l’esprit du mouvement Oulipo qu’il créa en 1960 avec son complice François le Lionnais. Malheureusement pour nous les Contes et légendes appartiennent par leur académisme à la première vie. Le style un peu guindé du narrateur fait que l’on a souvent du mal à retrouver le charme et le plaisir simple de la tradition orale. Nous noterons par une astérisque les contes ayant une version en langue gavote, le parler d'en-haut de ces petits pays que les gens- d'en-bas curieusement ne savent trop comment nommer: haut-pays, arrière-pays , França rustiga ...

Le narrateur inquiet

« Avez-vous, dans le haut-Var, même profusion de légendes que j’en ai cueilli dans la haute-Tinée ? » - demandai-je à un citoyen d’Entraunes, l’ancienne métropole de cette région alpestre, qui a donné naissance à Saint-Martin d’Entraunes, Villeneuve d’Entraunes, Châteauneuf d’Entraunes, sans parler des hameaux dépendant de ces localités, mais n’a conservé de ses grandeurs d’autrefois que la fierté de son altitude sur un promontoire entre deux branches du var (inter amnes). « Nous en avons ramassé au boisseau, - me répondit l’interpellé ; - mais si vous ne nous donnez la parole que les derniers, nos légendes , pour si locales et originales quelles soient, risquent de faire double emploi avec les récits du prochain, et simple figure de plagiats plus ou moins heureux. « Ce n’est rien de dire ce que nous avons d’histoires de fées, de sorcières, de diables, de méchants seigneurs, de saints bienfaisants, de grottes merveilleuses, d’enchanteurs prestigieux, de prodige de toute sorte ; mais ce sont choses qui ne manquent nulle part dans nos montagnes, et, puisque vous finissez par nous, votre moisson ne peut qu’être déjà faite. _ « soyez-en sûr,- Je n’en serais pas moins le plus heureux des hommes.,- répliquai-je en toute sincérité, - de trouver encore à glaner dans votre canton qui me plaît par-dessus tous les autres. « Seulement, de ce que je ne reproduirai qu’une partie de vos contes, n’allez pas, je vous prie, m’accuser d’un manquement au devoir de la courtoisie ou de la reconnaissance ; car, pour épargner les redites et n’enfler pas mon volume outre mesure, j’aurai dû en user de même avec mes autres narrateurs. [Edouard Chanal ]

1. La muette de Colmars les Alpes ou la légende de St Clément, La muto de Colmars (Lejendo de San Clament) *

Lieux: La croix du col des Champs, la cabane de Voya, Chastelonnette, le prieuré de St Clément

Quatre versions de ce conte:

  1. l'une de Chanal, en 1895 (3) (lire)
  2. l'autre de Julien Ginésy (4) en 1981 repris dans la revue lou Lanternin n° 5. (lire)
  3. la même version traduite en gavot par Albert Tardieu (5) dans la revue lou lanternin n° 5. (lire)
  4. une dernière version par Edmond Rossi (6) en 1985 (lire)

2. La pierre du courroux ou La peiro de Crous *

Lieu: vallon du Bourdous

Cette légende fait l'objet de trois versions:

  1. une première version d'Edouard Chanal (7) en 1895, la pierre du courroux (lire) apparemment fabriquée de toutes pièces nous dit René Liautaud et que Chanal a développée à partir de la traduction erronée de courroux pour crous, nom donné au bloc de belles dimensions qui barrent le lit du torrent du Bourdous en amont d'Entraunes.
  2. une deuxième version due à René Liautaud (8) (1980) en langue gavote dans la revue lou lanternin n° 11, a pour nom la peiro de crous (lire) . Se référant au linguiste André Compan, Liautaud nous affirme que les "crous" seraient des réunions de sorciers ou d'enchanteurs. Il intitule donc son récit la pierre des crous.
  3. une troisième version (9) dans la revue lou lanternin n° 11, traduction littérale de la précédente: la pierre de crous. (lire) Précisons que le nom de pierre des crous donné à ce bloc énorme barrant le lit du Bourdous n'a pas beaucoup de sens si l'on s'en tient à la traduction littérale de crous pour croix. Ce bloc géant au milieu des marnes grises était le lieu propice aux réunions d'êtres surnaturels. Les crous sont en fait une déformation du terme cousses qui en Provence évoquent les êtres invisibles qui peuplaient les champs, les chemins et les maisons, pour jouer de mauvais tours aux villageois. Les cousses, esprits malins, farfadets ou lutins, fées ou êtres démoniaques voire malicieux comme nous les décrit Canestrier (10):

    "ces esprits pétulants et malicieux, rôdent par monts et par vaux, toujours disposés à abuser les gens par des fantasmagories, à lutiner les passants dans les chemins creux. Ils sont rapides comme l’éclair, invisibles pour le commun des mortels. Quand ils veulent s’esbaudir aux dépends des hommes apeurés, ils s’abattent à grands coups d’ailes, remplissent les vallons et les bois du bruit de leurs ébats. Pour eux comme pour tous les esprits malins et les sorcières, les moments propices sont les heures qui précèdent l’Angelus et minuit"

Ce conte fut repris dans le n° 175 dans l'excellent magazine du pays niçois Sourgentin dans son article "Veillées et conteurs" février 2007.pp.30-33.

3. La fête de la Saint-Barnabé

Lieu: Plateau de Saint-Barnabé

La version d'Edouard Chanal (lire) viendra parfaitement illustrer l'article (11) (lire) de Denis Andréis sur l'historique de ce pélérinage prisé des saint-martinois.

4. La montagne de Strop

Lieu: vallon de l'Estrop

l'Estrop ou Stop est un mot d'origine provençale qui signifie simplement le lieu de regroupement des moutons, mot dérivé de trop, troupéù = troupeau.

  1. La version d'Edouard Chanal de 1895. lire (12)
  2. celle d'Albert Tardieu dans la revue lou lanternin n°1. (lire) (13)

5. Jesu Mario *

Lieux: Prapelet , Chastelonnette

Version bilingue (14) Gavot-français de la légende de Jesu Mario d'après les cahiers de Joseph Gilloux (lire)

6. Le Saut du Diable ou Lou Saut dou Diau*

Lieux: vallon du Chaudan, passage de la Porte
  1. version en gavot d'une légende entraunoise (15) écrite à partir du souvenir d'un fait divers au cours de la guerre 1939-1945: la découverte dans le vallon du Chaudan d'un cadavre. (lire)
  2. version française (lire)

7. La main de Gargantua

lieux: torrent du Monnard (Mounard), Pas de Roubinoux (Roubinous)

Texte d'Edouard Chanal (16) (lire)

8. Un amour contrarié

lieux: Hameau des Tourrès, hameau de la Gardivole, col de Barels.

Texte d'Edmond Rossi (17) (lire)

9. Lou cadavre dou Garret*

lieux: Cime du Garret, au milieu de la valière de la Gipière

Un fait divers d'après un document d'époque (5 juin 1708)

Texte en gavot de René Liautaud (18) (lire)
Traduction littérale de René Liautaud (lire)

10. La coupe merveilleuse

Lieux: quartier de Saint-Martin d'Entraunes qui s'appelle Le Gage en souvenir de cette légende que Chanal date de 1695.

Texte d'Edouard Chanal (1895) (lire) (19)

11. Las fados *

Lieux: grottes du Bourguet, Estenc, la Bouisse, cavernes du Pénas.

Texte en gavot de la légende Las Fados (20)
Traduction littérale en français par René Liautaud: Les Fées
(lire)

à suivre ...