Entrevaux et Guillaumes au temps de Vauban

Entrevaux et Guillaumes au temps de Vauban

On sait la constante préoccupation de Vauban en vue de la fortification et de la défense des frontières du royaume de Louis XIV. Incontestablement il avait porté à sa perfection le système architectural de la fortification bastionnée dans les vastes plaines du Nord et de l’Est où des citadelles justement renommées l’illustrent parfaitement. Dans les étroites vallées de montagne il lui fallut imaginer d’autres dispositifs, mieux adaptés au terrain, susceptibles de mieux résister aux incursions ennemies.

Sa découverte des Alpes est totale et la relation qu’il en donne insiste volontiers sur l’âpreté du climat qui, dit-il, lui procure "souvent occasion de souffler dans mes doigts". L’impétuosité des cours d’eau, démesurément grossis par les orages ou la fonte des neiges, le conduit à faire du Var "un fou et un gueux indomptable". Le relief n’est pas en reste donnant de mauvaises sentes où l’on ne peut conduire une artillerie significative. Les lieues de Provence qu’on y parcourt "en valent deux de Paris par l’étendue et au moins quatre par la difficulté et danger des chemins".

Confronté à ces défis naturels Vauban trouvera une réponse originale, s’en faisant des alliés. Les torrents servent à la défense des places, comme en 1704 où l’armée de Savoie est obligée de lever le siège d’Entrevaux, chassée par la soudaine crue du Var. Le relief, dominant trop souvent les fortifications, offre néanmoins des escarpements rocheux quasi imprenables que l’on renforce de tours bastionnées et de murailles couvertes. Les chemins privent certes du canon mais favorisent la création de véritables compagnies alpines formées de montagnards, parfaits connaisseurs des lieux et des passes, accoutumés aux rigueurs du climat.

Loin d’avoir été l’homme du système bastionné que l’on présente trop souvent, Vauban a su magnifiquement exploiter les ressources particulières du terrain alpin qui lui était si peu familier. Un petit ouvrage fort bien documenté grâce à de récentes recherches conduites au fort de Vincennes, auprès du Service Historique de l’Armée de Terre, et mettant en œuvre des documents inédits.

Philippe Thomassin, ouverture de Jean-Loup Fontana. Edition Roudoule, juil. 2014, 68 p., couleurs, 10 €

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